10 juin 1838

« 10 juin 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 252-253], transcr. Armelle Baty,, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2446, page consultée le 05 mai 2026.

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Vous voyez, mon Toto, que c’est bien bon de déjeuner avec sa Juju ? Pourquoi donc alors que vous vous faites-vous tant tirer l’oreille pour venir ? Je ne veux pas vous grogner ce matin parce qu’enfin ce n’est pas le jour où vous êtes très i qu’ilfaut vous grogner. Je vous aime. Vous avez de très jolis petits pieds que j’adore, vous avez de belles mains blanches que je baise et une admirable figure qui m’éblouit. Vous êtes mon Toto, ma divinité, mon Dieu. J’ai horriblement mal à la tête mais je suis heureuse. Si j’osais, je serais hideusement jalouse aujourd’hui car vous êtes scandaleusement beau mais je n’ose pas, c’est bien dommage. Jour mon To, jour mon petit o. Prenez garde de ne pas vous laisser détruire le moindre petit morceau de votre sublime carcasse sous peine de me voir me livrer à d’effroyables invectives contre votre maladresse et contre la providence qui se permet de tourner la tête à gauche quand vous êtes à droite et qui expose ce que j’ai de plus précieux, de plus ravissant et de plus adorable à être escarbouillé par un vil cabriolet. Je ris mais c’est très sérieux et je te prie de toute mon âme, mon Toto, de prendre garde à toi.

Juliette


« 10 juin 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 254-255], transcr. Armelle Baty, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2446, page consultée le 05 mai 2026.

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Je suis seule, mon petit ami, et vous seriez bien charmant de venir. J’ai été bien attrapéea tantôt en voulant me dépêcher de monter l’escalier pour vous revoir dans la rue, je me suis tourné le pied de sorte qu’en arrivant à la fenêtre, vous n’y étiez plus, ce qui m’a vexée horriblement. Si vous êtes bien bon, mon Toto, vous me rabibocherez de ma perte de tantôt en venant tout de suite à présent. Je suis bien tourmentée de savoir à qui vous voulez plaire avec une si ravissante figure. Jamais depuis que je vous aime, vous n’avez été aussi beau qu’aujourd’hui. Je ne suis pas du tout tranquille et je vais mettre mes espions en campagne et gare à vous si vous êtes coupable de la moindre petite trahison. J’aurais voulu qu’il eût plu ce tantôt, cela vous aurait forcé à abriter vos castors et à me demander l’hospitalité d’une vieille paire de bottes ou de souliers. Malheureusement, j’en ai été quitte pour une fausse joie. Il n’a pas plu et vous n’êtes pas venu. Je vous aime trop, mon Toto, c’est pour cela que vous m’aimez si peu. Je vous aime, je vous aime et puis encore je vous aime.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « attrappée ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.